Abécédaire : Le romantisme, par Alain Gagnon…

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir… 

 

Romantiques — Les poètes romantiques étaient – sont encore !  – les victimes d’une folie douce. D’agréable fréquentation, mais des illusionnés profonds.  Voir dans la Nature une confidente ou une marâtre ; y percevoir de l’empathie ou de l’indifférence hautaine.  Lamartine, Musset, Hugo, Vigny…  De merveilleux magiciens, mais de méchants ébahis !

Ce poème de Friedrich Nietzsche exprime clairement ma pensée :

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

Nietzsche

Un voyageur va dans la nuit,

va d’un bon pas ;

vallée tortue et longue montée,

il les emprunte.

La nuit est belle, il va sans trêve

et sans relâche.

Où mène sa route ? Il n’en sait rien.

Un chant d’oiseau traverse la nuit :

« Hélas, oiseau, qu’as-tu fait là ?… »

Et le voyageur reproche à l’oiseau de l’avoir distrait de sa quête, de sa douleur, de l’avoir consolé… Et l’oiseau lui répondra qu’il n’a cure du voyageur, qu’il appelait une femelle dans les hautes branches et qu’il n’a cure de sa peine.

Deux mondes qui se compénètrent et s’ignorent. Influent involontairement l’un sur l’autre, toutefois.

La Nature ne prend sens, pour nous, que si nous la sortons du bucolique, de l’idyllique, de l’élégiaque ; si nous n’y cherchons point un sein tiède où nous réconforter.  Nous la découvrons alors source de nos besoins et pourvoyeuse du nécessaire à les combler.  Elle nous a également munis de ces caractéristiques spécifiquement hominales : la capacité pour le sujet humain de se prendre comme objet et de travailler à sa propre cocréation – de se finir, de se parachever ; et de finir et de parachever, en la surmontant, la Nature même, notre mère.  Est-elle la génitrice qui a enfanté, dans l’ignorance, des rejetons qui la briseront, la materont, la transformeront au point où elle ne se reconnaîtra plus ? Ou un tel aboutissement dialectique est-il inhérent à son être, à une planification rectrice du devenir ?  Par tempérament, j’incline vers la seconde proposition.

Mais, dans un cas comme dans l’autre, il m’apparaît insensé d’attendre de sa part empathie ou compassion.

Hors la tragédie, tout est babiole.

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2 Responses to Abécédaire : Le romantisme, par Alain Gagnon…

  1. Jean-Marc Ouellet dit :

    Bonjour monsieur Gagnon.

    Comme vous, j’aime à penser que le comportement humain est un aboutissement, plutôt qu’une erreur de parcours. Est-ce pour me donner bonne conscience ? Voilà ma crainte.

    Et comme vous, je pense que la Nature n’a que faire de l’humain, cette petite créature dans l’immensité de l’univers. D’un coup de vent, d’un frémissement du sol, elle en fait ce qu’elle veut. Il m’est donc plausible que la tragédie même ne soit que babiole humaine.

    Bonne journée.

    Jean-Marc O.

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    • Alain Gagnon dit :

      Bonjour monsieur Ouellet,
      Si l’humain se limitait au biologique en lui, il cadrerait parfaitement dans le plan naturel. Il me semble que la nature est un peu dépassée par la pensée réfléchie. Même si elle était dans le plan du créateur. De là les dires d’Aurobindo (et de Teilhard) sur le rôle d’exhaussement de la matière et de la natura naturata par l’esprit divin par l’intermédiaire de l’esprit humain. Dostoïevski en parle aussi.

      Une goutte qui tombe de mon verre est une tragédie pour le puceron. Même pas un souvenir pour moi.

      Bonne journée,

      Alain

      J’aime

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