Dires et redires… sur la Beauté…, par Alain Gagnon

La Beauté…

Puis ils observent le monde, plus ils le trouvent beau.  Et ce monde même exige ce regard, les a créés pour ce regard, pour célébrer la beauté, adhérer àchat qui louche maykan alain gagnon francophonie la volonté du monde.

(Chants d’août, Éd. Triptyque)

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Le monde attend nos regards alors, se languit de nos admirations.  Le monde les exige.  Le monde en a soif — sans nos regards amarrés à sa beauté, le monde gîterait,  approximatif, au sein d’un cosmos distendu, insatisfait, avide, affamé des enfantements de nos regards.

(Chants d’août, Éd. Triptyque)

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Nous le savons : la beauté édifie les déserts.

(Ces oiseaux de mémoire, Éd. Loup de Gouttière)

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La beauté, cette liberté dans la nostalgie ; cette douleur que nous cause la proximité du lointain, selon Heidegger.

(Propos pour Jacob, Éd. Grenouille Bleue)

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chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLa source de la beauté est en nous, au cœur de cette fontaine qui y gîte, reproduit et reflète la Fontaine ou la Source première. Tout est dans l’esprit d’abord. Ces manifestations, ces objets que nous découvrons beaux, qui nous apportent des émotions esthétiques, ne sont que des occasions de nous reconnaître et de nous mieux connaître. Les arts sont les enfants de cette soif innée chez l’humain, de cette tendance à rechercher, à reproduire et à créer de la beauté, et simultanément du sens. Si j’osais la définir, j’écrirais que la beauté est un ensemble de phénomènes qui plaisent et rehaussent — plaisir et rehaussement que l’on ne saurait expliquer, sauf par analogies.

(Propos pour Jacob, Éd. Grenouille Bleue)

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Lorsque j’étais gamin, on faisait beaucoup de musique à la maison. Pianistes, chanteurs et violonistes s’y donnaient rendez-vous, surtout les soirs d’été. Un voisin, octogénaire et analphabète, traversait la route et s’installait sur un banc, sous la véranda. Il écoutait et pleurait. Mes tantes et mon grand-père l’invitaient à entrer. Avec obstination, il refusait.

Il n’aurait pu nommer aucun des musiciens que l’on interprétait, encore moins lire ou écrire leur nom. Mais quelque chose, au plus profond de lui, le poussait vers les mélodies et les chants, et il s’approchait, fasciné, comme le scarabée d’or par la lueur du lampadaire en juin. Il y avait pressenti et y goûtait une nourriture riche, essentielle pour cette partie de son être que les aliments de la table ne pouvaient contenter. Une nécessité confuse, mais impérieuse, l’attirait jusqu’à ce banc inconfortable.

Ce n’était pas un érudit, mais il jouissait d’une culture intérieure et silencieuse que beaucoup du salon auraient pu lui envier. De la beauté et de chat qui louche maykan alain gagnon francophoniel’ailleurs, il avait la nostalgie. Il avait le sentiment confus de toucher, par l’œuvre, à un ordre d’expérience qui n’est pas celui du reste de nos vies[1].

C’est par la reconnaissance de la beauté et le rendu de la beauté, Jacob, que l’humain prend métaphysiquement conscience de la fragile, mais infrangible liberté qui est sienne. La beauté perçue ou créée focalise autour d’elle tout ce que l’homme ou la femme aurait pu être, est et pourrait devenir. Elle est la preuve que le vide intérieur de chacun est plein. Elle est l’assurance que nous sommes plus que nos vies, pour évoquer le poète Yvon Leblond.

 (Propos pour Jacob)


[1] Henri Godard, L’expérience existentielle de l’art, Gallimard, 2004.

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3 Responses to Dires et redires… sur la Beauté…, par Alain Gagnon

  1. amélie dit :

    « Je suis belle, ô mortels… »
    La Beauté de Baudelaire, un poème saisissant des « Fleurs du Mal ».
    La beauté véritable renvoie au Divin, elle transcende la simple perception de l’oeil, elle éclate les idéologies esthétiques temporelles et n’a que faire de nos désirs.

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  2. Marie-Claude E dit :

    Merci à vous pour ce très beau texte.

    Chacun de nous porte la beauté en soi et à sa manière. Sa découverte permet de la cultiver, sinon elle est envahie par le mal.
    La vraie beauté ne se voit pas, elle se ressent.

    Bon Dimanche à vous.

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