Géographie intime/ Géographie cosmique, par Alain Gagnon…

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Géographie intime — Cette géographie ne s’apprend pas dans les Atlas, ni à l’école.  Elle s’apprend, dès le jeune âge, par imprégnation.  L’humain s’identifie à son milieu naturel immédiat, y reconnaît sa place, relativement à celle des autres.  Moins ils seront nombreux, plus il s’accordera de l’importance — et vice-versa.  Jusqu’aux années 1950-60, ces milieux était toujours relativement peu peuplés : famille, rang, village…  Les autres étaient relativement peu nombreux.  Même à l’école, on se retrouvait dans des classes de 30 ou 35 élèves.  Même ceux qui habitaient les métropoles vivaient dans des quartiers qui donnaient l’illusion de l’ancienne paroisse — s’y perpétuaient les comportements et les perceptions des groupes restreints.

Avec l’arrivée de l’ère spatiale, de la télévision, de la médiatisation de la planète (CNN, Google Earth, Web, médias sociaux…), la Terre est devenue cette orange bleue qui flotte, indécise, dans l’espace.  Notre pays, notre ville, notre continent s’y confondent aux autres, imaginez l’individu !  Les milliards d’humains envahissent notre milieu immédiat : affamés du Bangladesh, mineurs chiliens, Palestiniens, victimes de l’ouragan Katrina, des bombes dans le Caucase…  La géographie intime a pris une excroissance qui ne permet plus l’identification, la comparaison, le phénomène identitaire et l’auto-valorisation…

Le sujet humain a subi un choc, et il ne s’en est pas remis.  On a proposé la Fin de l’histoire, le Postmodernisme, l’Associationnisme, le Néolibéralisme et autres…  comme nouvelles clés de compréhension du monde et  comme clés d’un certain confort intérieur.  Le déboussolage continue.  La géographie intime, qui permettait à l’humain de se construire et de se valoriser, a été perdue.  Par quoi la remplacer ?  Je l’ignore.  Chose certaine, tout retour vers l’arrière est impossible.  Les technologies de pointe et la mutation vers l’Humain cosmique qu’elles font naître sont souhaitables et irrépressibles — même si l’accouchement est difficile.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).



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4 Responses to Géographie intime/ Géographie cosmique, par Alain Gagnon…

  1. Frost.Blast dit :

    Sujet complexe. L’introspection que chaque personne a le pouvoir de faire peut certainement apporter un élément de réponse, mais avec les médias de masses qui nous bombardent constamment, peu de gens ont le réflexe de vouer du temps à cette introspection – peut-être en ont-ils le désir, mais ces désirs se perdent parmi les autres, ceux de regarder leur émission de télé favorite, de se procurer le dernier album de la nouvelle jeune star pop, de mettre la main sur le dernier morceau de linge à la mode…

    Le problème en serait un d’ordre social, d’accord. Mais L’identité ne se perdrait pas dans la masse d’individus, mais plutôt dans la masse d’information dont on est gavé constamment. Savoir qu’un mineur chilien est resté coincé 3 mois au creux d’une mine peut très bien m’aider à réfléchir sur ce que je suis, mais à condition qu’on me laisse le temps nécessaire à cette réflexion, de mettre en contexte cette nouvelle par rapport à mon individualité – mais ce temps, on ne nous le donne pas, parce qu’on a trop de choses à nous vendre, à nous montrer, à nous apprendre. On parle beaucoup de la sur-commercialisation, mais l’instruction pose problème, aussi. L’instruction est bénéfique dans la mesure où on a le temps de la digérer, de l’assimiler, de lui donner un sens relativement à notre être. Un chien savant ne sera jamais rien de plus que cela, même s’il peut réciter par coeur les 5674 premières décimales de Pi et raconter précisément chaque fait et geste de l’Empereur Marcus Aurélius au fil de sa vie.

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  2. Jean-Marc Ouellet dit :

    Bonjour à Vous,

    Woody Allen a dit : « Chacun doit trouver sa solution ». J’ajouterais que chacun a la responsabilité de la trouver, cette solution, un effort d’introspection de plus en plus difficile pour les raisons que monsieur Frost.blast a bien exprimé. Le temps manque pour faire le tri de ce qui nous est suggéré. Alors on opte pour le plus évident, le plus convaincant, souvent le plus facile, et bien souvent, décevant, car s’éloignant des réels besoins de l’être.

    Bon vendredi.

    Jean-Marc O.

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    • Alain Gagnon dit :

      Bonjour monsieur Ouellet,

      Je me demande si c’est propre à notre époque. Bien sûr, il y a la télévision, les médias sociaux, le travail accaparant, le rythme trépidant de la vie moderne qu’accélèrent la technique, toutes les techniques… Mais lorsque l’humain était plus dépourvu, devait répondre en démuni d’outils performants à ses besoins fondamentaux, avait-il plus de temps pour réfléchir à l’Être ? Et s’il avait ce temps, sauf exceptions, l’employait-il à cette fin ?

      Bonne fin de semaine,

      Alain G.

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