Reprise : Un conte de Karine St-Gelais…

L’enfant des étoiles

Les pieds ballants au bout du monde, au bout d’un quai, je laisse mes orteils se trémousser dans l’eau de mon lac favori. Je sens le vide me chat qui louche maykan alain gagnon francophoniecaresser, et soudain un autre monde s’éveille. Je laisse mon imagination  glisser sur les flots avec la brise festive. J’imagine facilement un monde sacré, un château fait non de sable, mais de rubans d’eau. Bordé de perles et de chevaux, tout juste là, sous les eaux, sous mon nez, au bout de mon monde, au bout du quai…

 Un bruit m’a sorti du sommeil ce soir-là…

C’est le premier jour de mes vacances d’été. Je me suis couchée après une journée bien remplie, les poumons encore chatouillés par le pollen de midi. J’entends un enfant tomber du ciel, ici, au bout du monde, au bout du quai. Un endroit où je me retrouve avec joie, mon petit coin plein de magie. Au gîte de mes parents qui dorment présentement à poings fermés. Ici, j’aime regarder  le soir se lover contre les champs de blé et je laisse l’arôme des fleurs s’étendre,  couverture rassurante à mes pieds. Très différent, cet endroit, de la ville bruyante où je vis, malhabile. Même si l’enfance tranquillement s’exorcise et que cette saison estivale fera de moi une jeune fille.   Je me délecte encore aujourd’hui de ce paysage indompté, il restera tatoué à jamais sur mon cœur, à jamais.

Dans sa course folle, cette nuit-là, l’enfant des étoiles a illuminé  le pâturage. Il fut accueilli par un chaleureux concert, celui des grenouilles cachées dans les hautes herbes, à l’orée des grands peupliers. Le bambin, bien enveloppé d’une bulle brillante, sifflait en tombant du ciel comme un roseau dans le vent. Il a humecté les arbres de la rive – une berge violée et soudain frappée d’une peine lascive. Il flotte comme un petit bonheur oublié, ici, au bout du monde, au bout de mon quai. Il est seul, le regard en douleur et levé vers le ciel maternel qui l’avait bercé…

Je le vois toujours voguer dans le noir profond de la mer interstellaire. Il atterrit comme ça, de temps à autre, sur le lieu de mes vacances. C’est plus qu’une étoile, et dans sa course, il déchire le ciel de trois heures en rafale. Il file dans son zénith natal, où flirtent les âmes sœurs, les constellations solitaires et des spectres encolérés. Il s’arrête soudain, volant sur place au-dessus l’eau calme ; il semble patiner sous la lune de glace. Il se regarde dans le lac, sous tous ses angles ; il lévite dans la brise de lavande. Enrobé d’une lumière violacée, il fouille l’eau, libellule affamée. Il semble se demander si c’est l’eau ou le ciel qui est sous ses pieds ? Que cherche-t-il, ici, au bout de mon monde, au bout de mon quai ?

Il danse sous la musique du silence, sous la voûte de verre. Il chante l’hymne à la nuit d’une voix aiguë et claire. Il réveille par sa magie les poissons et les lucioles de minuit. Un bal s’émoustille sous mes yeux encore endormis. L’enfant des étoiles semble connaître toutes les créatures du bout de mon monde, du bout de mon quai…   Je suis heureuse de le revoir, même après tant d’années.

Je retourne me coucher en même temps que meurt la nuit. Le jour nait déjà dans le brouillard. Le soleil point à l’horizon. Il se lève tous les matins au bout de mon monde, au bout de mon quai, et se couche tous les soirs dans le même édredon rocheux. La marée bourrasse  les rochers. Les côtes se couvrent d’un manteau de givre,  sous la pleine lune qui dérive vers une autre nuit, loin d’ici. Je vois de ma fenêtre mon ami des étoiles,  qui déjà disparait dans l’ombre et qui s’aventure sous l’eau argentée, pour disparaître enfin dans les méandres de sa destinée.

Je sors de ma chambre et je cours plus vite que les vagues de la berge. Je deviens alors plus sauvage qu’un songe qui émerge. Je veux revoir cet enfant des étoiles. Mais, l’être est maintenant diffus, au loin. Je dois  m’assurer que je n’ai pas rêvé et qu’il sera encore là, ce petit garçonnet tout brillant,  au bout de mon monde, sous mon nez, au bout de mon quai… Comme jadis, lors de mes insomnies, là où  s’évanouissait ma raison en même temps que le vent.

Mais, il n’y a plus rien. Qu’un peu de sable délimitant un sentier vers les fonds marins. J’ai perdu mon château enchanté. Mon monde soudain s’effondre. Plus rien au bout de mon monde, mais, peut-être quelque chose au bout de mon quai,  par contre. Une délicieuse odeur d’océan plane sous mon nez….

Les pieds ballants au bout du monde, au bout d’un quai, je laisse mes orteils se trémousser dans l’eau de mon lac favori. Je sens le vide me caresser, et un autre monde s’éveille. Je laisse la magie de l’univers opérer. Juste pour moi, une étoile de mer a accosté… D’où vient-elle ? Jamais je ne le saurai.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieAu bout de mon monde, l’étoile brillait sous le soleil matinal. Je la prends avec délicatesse, je lui prodigue un baiser, ce qui me rappelle en un éclair la douceur de ma demeure. Au bout de mon quai, mes pieds se sont soudain allongés et parés d’écailles bleutées. C’est alors que j’ai plongé ! Dans mon nez s’introduit doucement l’eau salée.  J’inspire la mer et hume l’odeur vaseuse des coquillages. Je suis un trésor de l’autre monde, un joyau, un héritage. Je suis en voyage tout droit sorti des limbes de l’enfance. Je nage dans ce miel bleu qui ne fait plus qu’un avec le firmament au large, je me laisse échouer sur ma plage blanche. Je comprends alors que les étoiles tombent le soir dans le nid des rivières, et qu’il vient, lui aussi, du Cosmos, cet enfant de lumière. Je sais maintenant que, même en grandissant, je peux replonger dans ces nuages compatissants et m’émerveiller devant ce que Dame Nature a su si bien dessiner pour moi. Depuis toujours, elle me peint des mondes à rêver…

Tout ça, au bout de mon quai…

Notice biographique :

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieKarine St-Gelais est une écrivante qui promet.  Nous avons aimé ce second récit plein de fraîcheur et de naïveté enfantines qu’elle nous offre.  Laissons-la se présenter.  « Je suis née à Laterrière, dans la magnifique ville de Saguenay. Depuis près de huit ans une Arvidienne, j’aime insérer dans mes histoires des frasques de l’enfance et des coups d’œil sur ma région.  Je suis mariée depuis dix ans. J’ai trois beaux enfants, un  affectueux Bouvier Bernois et un frère cadet de 21 ans. Je suis née le 3 septembre 1978 sous le signe astrologique de la Vierge. J’adore l’automne et sa majestueuse toile colorée. J’aime la poésie, les superbes voix chaleureuses et les gens qui ne jugent pas à première vue. Née d’une mère incroyablement aimante et d’un père absent, je crois que la volonté et l’amour viennent à bout de tout.  Au plaisir de vous rencontrer sur mon blog: http://www.facebook.com/l/3b24foRTZrfjfcszH7mnRiqWa9w/elphey »

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3 Responses to Reprise : Un conte de Karine St-Gelais…

  1. j’ai aimé lire ce texte de karine chez elle à l’instant…merci à vous(toi) d’envoyer ses mots ici
    bien à vous et au plaisir…

    J’aime

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