Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

Le dernier héros

 Imaginez ceci. Vous vivez dans un monde divisé en deux. Une moitié dominante, l’autre assujettie. Vous faites partie des dominés. Vous vous battez pour vos droits. Vous êtes un rebelle, un leader traqué. On vous arrête, on vous condamne pour votre quête de justice. La prison à vie. Pendant que vous végétez dans une cellule, isolé, méprisé,  chat qui louche maykan alain gagnon francophonievotre peuple est asservi, persécuté, et le pays que vous aimez court vers la guerre civile. Après 27 ans, vous osez quelques démarches, des rapprochements aux allures de trahison pour les vôtres. On vous libère. Enfin. Mais vous ne vous arrêtez pas là. Vous militez encore. Pour le changement. Et vous négociez, vous tendez la main à vos anciens oppresseurs. Dans un pays condamné aux déchirements et au désespoir, vous pardonnez, pour la justice et l’avenir.  L’exploit accompli, vous laissez votre place, vous quittez le pouvoir. Votre nom : Nelson Mandela. Grâce à vous, votre pays, l’Afrique du Sud s’affranchit de l’Apartheid.

Après tant de souffrances, combien parmi nous pardonneraient ? Après la fuite, après avoir négligé sa famille, s’en être inquiétée, après l’emprisonnement, la torture ? Moi ? Pas sûr. Lui, il a pu. Comment a-t-il fait ?

Nelson Mandela fut le dernier vrai héros. C’est ce qu’affirme Richard Stengel, son biographe, directeur de la publication au magazine Time. Il a passé de nombreuses heures avec lui. Dans un livre publié en 2010, le journaliste exprime les leçons qu’il a tirées à côtoyer cet homme d’exception.

Le courage n’est pas l’absence de peur

Le courage n’est ni inné ni acquis. C’est un acte volontaire, on le choisit. En faisant semblant d’être courageux, on le devient. « Quelquefois, c’est seulement au moment de tenir tête que vous découvrez le vrai courage. » En répliquant à ses geôliers, Mandela avait peur. Et c’est en surpassant sa peur qu’il est devenu plus fort. En osant.

Combien de fois hésitons-nous devant la peur ? Combien de fois fuyons-nous la justice à cause de la peur ? chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Voir le bien chez les autres

Mandela ne médisait jamais. En parlant d’un ennemi, il se contentait de dire qu’il agissait par intérêt. Il ne manifestait pas d’animosité envers ses gardiens de prison. « Ces hommes n’étaient pas inhumains. Ils se comportaient comme des bêtes parce que ce comportement-là était récompensé. » Mandela était-il aveugle, ou naïf ? Non. Il était bienveillant. Au plus profond de lui-même, Mandela croit que l’homme est digne et intègre. Et de voir ainsi les autres « attire l’intégrité et la dignité ».

Diriger de l’arrière

Pour Mandela, le leader n’a pas besoin d’être toujours à l’avant. « C’est en autorisant les autres à agir que l’on communique son propre leadership, ses propres idées. » Dans sa jeunesse, en côtoyant un roi de village, il baigna dans la conception africaine du pouvoir : un chef ne s’impose pas. Il écoute, cherche le consensus et oriente ses troupes. Cette attitude est basée sur deux fondements selon Richard Stengel : « […] le groupe est plus avisé que l’individu et il s’implique davantage dans une décision obtenue par consensus. » Et plus loin, il ajoute : « C’est bon pour les autres, et c’est bon pour vous. »

 

Connaitre son ennemi

Avant sa condamnation, avocat, Mandela fait de la boxe. En entraînement, il apprend que pour être efficace, tu dois connaitre ton adversaire. La force, l’agilité et le talent ne suffisent pas. Plus tard, dans son combat politique, même en prison, il s’appliquera à connaître les gens qui s’opposent à lui. Dans l’incompréhension de ses proches, il apprend l’histoire et la langue des Afrikaners, les immigrants néerlandais, allemands, français ou scandinaves immigrés en Afrique du Sud depuis le XVIIe siècle. Mandela découvre que comme son peuple, eux aussi ont subi la colonisation britannique. Il parlait à ses gardiens dans leur langue. À sa sortie de prison, il s’exprime dans la langue des blancs, il fait référence à leur histoire commune, les ralliant à sa cause : la démocratie.

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonieC’est une longue partie

Pour Mandela, rien ne se fait du jour au lendemain. Il faut être patient. Le long terme vaut mieux que la précipitation et les erreurs de jugement. Sa vie en fut un bel exemple.

Un jardin à soi.

Pendant son emprisonnement, après maintes demandes, on lui permit de cultiver un petit jardin, d’abord dans un carré de terre rocailleuse et aride le long d’un mur de la prison, puis, devant sa patience et ses résultats – il donnait des légumes à ses gardiens –, dans un espace plus grand. En plus d’améliorer son alimentation et celle de ses codétenus, ces quelques heures par semaine à fouiller dans la terre lui permirent de fuir la vie en prison, s’échapper de ses soucis liés au monde extérieur, à sa famille opprimée, à sa lutte vers la libération.  Selon lui, chacun devrait avoir son propre jardin, sa nature importe peu.

Ces leçons sont si simples, et pourtant… Le livre de Richard Stengel nous en fournit d’autres : prendre l’initiative, savoir dire non, avoir un principe central, être mesuré… chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Un livre pour ceux qui gèrent, pour les leaders, et ceux qui y aspirent. Un livre pour tous.

Richard Stengel, Les chemins de Nelson Mandela, Éditions Michel Lafon, 260 P.

© Jean-Marc Ouellet 2012

Notice biographique :

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonieJean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche

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