Profond sommeil, un texte d’Aurélien Nevers…

Profond sommeil

Elle rêve de l’eau, je crois. Elle en rêve chaque nuit…chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Pas de celle que je lui propose toujours. Ces piscines. Ces aquariums. C’est de l’océan qu’elle rêve. Des océans.

Difficile à comprendre pour moi, tout ça…

L’eau, je ne sais la regarder que d’en haut. Je navigue…

Elle, elle n’oublie rien, sans doute. Son avenir, elle ne le devine que trop. Il lui reste… Sa mémoire… Et ses rêves. Ses rêves d’eau.

 Elle m’observait, sur le pont de mon bateau. Elle me trouvait lent. Maladroit. Lourd, aussi. Ça l’attendrissait. Plus tard, elle comprit que ce n’est pas moi qui suis ainsi, mais nous tous, tous autant que nous sommes. Mais j’étais le premier qu’elle rencontrait.

Tout a basculé le jour de sa découverte de la surface de l’océan. Ça ne lui a pas plu. À cause du ciel, qu’elle n’imaginait pas si lointain. Et si inaccessible.

 Chez elle, l’infini vertical n’existe pas ; depuis toujours, lorsqu’elle levait les yeux, elle devinait le toit de l’océan. Même lorsqu’elle nageait dans les abysses. La surface, c’était… Un écran. Et une frontière. Comme le fond, l’autre limite. Mais ce ciel… C’était vertigineux. Sa tête tournait vraiment. Elle a replongé. Très bas.

Ensuite, elle y pensait tout le temps, à ce ciel. Une obsession, qui amusait beaucoup les autres. Elle est remontée, forcément…

 Et le hasard a voulu que, cette fois, la nuit fût tombée. Une splendeur de nuit. Elle ne connaissait pas les étoiles… Et elle m’a aperçu.

Eux, ceux d’en bas, sont capables de voir dans le noir. C’est toujours si sombre, chez eux… Ce qui les gêne, c’est la lumière. Qui leur fait peur, aussi…

Je barrais mon bateau. Et mon regard portait loin.

Plus tard, elle a compris que c’était juste pour voir où j’allais. Sur le moment, elle crut que je regardais son océan… Comme elle regardait les étoiles. Elle m’a pris pour un héros, qui ressemblait à ceux des légendes dont on l’avait bercée. Et le vertige l’a reprise. Pas le même. Celui-ci… Lui interdisait de replonger.

Je l’ai enfin distinguée, malgré l’obscurité. Elle nageait si près de moi… J’ai longtemps cru que c’est moi qui l’avais pêchée. Elle m’a laissé le croire.

 Comme elle m’a laissé croire que… Ce que j’ai fait d’elle, à terre… Ne la dérangeait pas. Elle n’a pas protesté quand j’ai commencé à l’exhiber… Elle ne sait pas résister…

Aujourd’hui, on s’attroupe pour la voir nager. Elle saute à travers des cerceaux, on l’applaudit…

Autour d’elle, quelques traîtres font leur numéro. Les traîtres que nous appelons dauphins…

Il faut avoir la trahison dans le son pour vous sourire… Pour frétiller devant vous… Pour accepter de nous parler… Quand on vient de l’eau. Nous parler à nous, les ennemis de toujours… Les exterminateurs… Nous parler à nous, qui ne les comprenons même pas…

Nous parler à nous, nous qui osons retenir prisonnier leur Dieu des Profondeurs… Nous qui retenons un Grand Requin Blanc…

 Autrefois, elle nous appelait « Ceux d’en haut ». Immense erreur. Ceux d’en haut, les vrais, volent dans le ciel. Comme elle dans l’eau. Maintenant, elle sait que nous ne sommes que « Ceux du Milieu ». Condamnés à la pesanteur. À la lenteur. À deux dimensions… Maintenant elle sait que nous le méritons.

Elle a appris aussi… Que je ne suis pas un héros.

C’est vrai, jamais je ne lui ai proposé de la rendre à l’océan. Pourtant, je l’ai vue pleurer, souvent. Je lui disais… Que c’était encore une manière de goûter à l’eau salée.

Elle ne pense pas que je la regretterai vraiment.

 Lorsqu’elle a décidé de rejoindre ses rêves… Sans plus jamais se réveiller… Se réveiller, c’est la fin du monde… Elle a d’abord songé à… Entrer dans le bassin du Dieu des Profondeurs. La mort donnée par le Requin est une mort sacrée, chez elle…

Mais elle ne sait pas se déplacer, ici… Jamais je n’ai eu besoin de l’attacher. Elle a déjà eu tant de mal, ce soir, à ramper jusqu’à mon lit, pendant mon sommeil…

 L’idée ne vient même pas d’elle. Hier, un gosse, qui l’observait pendant son numéro en chantonnant sans cesse, a fini par s’interrompre pour dire à son père qu’elle devrait descendre vite du ponton, pour ne pas se noyer dans l’air…

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieAinsi, c’est à quelqu’un de chez nous qu’elle devra son évasion… Il y a des traîtres partout.

Elle ne tiendra plus longtemps, c’est certain… Elle voudra partir en me serrant dans ses bras… Qui sait, elle m’emmènera peut-être…

La chanson du petit garçon disait : Et là, nous dormirions, et là, nous dormirions, jusqu’à la fin du monde… Jusqu’à la fin du monde…

 L’auteur se présente…

 Quelques textes brefs pour la radio, un peu de production… Ensuite, écriture d’unechat qui louche maykan alain gagnon francophonie pièce de théâtre, Immortel, reçue dans une salle du 20e arrondissement pour trente représentations. Bon accueil critique, la pièce est reprogrammée deux mois plus tard.  Quelques mois plus tard, un nouveau texte, Irène des neiges, est retenu par un jury littéraire, d’où représentation au théâtre Jean Dame, dans une mise en scène de l’auteur. Qui fait ensuite l’acteur, quelque temps :  un peu de télé, de cinéma, mais surtout du théâtre.  Après, on peut évoquer pas mal de scribouilles alimentaires (pub, .com, marketing, biographies, sketches, élaborations de programmes courts) et une tournée de conférences pour Visages-du-Monde-Reportages.  Suivront quelques courts-métrages, parfois récompensés en festivals (ex. :  Prix du scénario lors du MFF 2009).  En 2011, sortie d’un premier roman, Mise au point sur l’infini. Aujourd’hui, un nouveau bouquin est en chantier, un roman. Parallèlement, écriture et présentation d’une conférence-spectacle Visionnaires. Artistes et chercheurs : associations d’idées : première à Crans-Montana (Suisse) le 14 mars.

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