Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

À la folie

Parfois tout sourire, tout amour, elle l’accueillait, apprêtée comme pour sortir, maquillée, magnifique, mise en valeur seulement pour ses beaux chat qui louche maykan alain gagnon francophonieyeux.  Elle lui servait un verre, ils parlaient sur la terrasse, se désiraient, jouaient la séduction encore vivace avant de finalement se jeter l’un sur l’autre comme deux bêtes sauvages.  Son parfum le droguait, son corps soulevait une dévastatrice vague de désir et il se vautrait avec elle dans la luxure, oubliant la cicatrice, dédaignant la folie, les crises, la fin déjà écrite de leur passion.

D’autres fois – elle mettait alors moins de temps à lui ouvrir –, une femme étrangère le recevait, décoiffée, vêtue sans soin, le cerne lourd et le sourire éteint, la face convulsée par le mépris.  Ce petit rituel de l’entrée dans son appartement lui permettait de comprendre rapidement à quelle sauce il allait être dévoré.  Elle ne l’embrassait pas, lui reprochait son retard, demandait des explications qu’évidemment il ne pouvait donner.  Alors il fermait la porte et autre chose : il verrouillait en lui une forme de sensibilité, d’amour-propre, renforçait sa carapace et se préparait à tous les coups.  Tout d’abord des questions agressives, tournant sans fin, toujours les mêmes.  Où étais-tu ?  Tu ne m’aimes plus.  ?  Tu en as une autre ?  Et ta pute de femme, tu la baises encore ?  Je te hais.  Pourquoi tu me fais ça, avec tout l’amour que je te porte ?  Pourquoi ?  Pourquoi ?  Et, toujours sur la terrasse, toujours impuissant, immobile, atterré, il la regardait faire.  Tout son corps contrit dans la douleur, la bouche – sa belle bouche – mangée par un ignoble rictus, ses yeux noirs comme la mort, et les flèches, toutes les flèches verbales qu’elle lui balançait en plein cœur, avant de se saisir d’un quelconque objet qui avait le malheur de trainer par ici, souvent un verre, n’importe quoi, un livre, une CHOSE qu’elle saisissait pour valider ses reproches.  Il esquivait.  Elle s’approchait.  Des tapes – ridicules, ses petits poings peu à peu se serraient, devenaient plus puissants sous l’effet de la démence – sur son torse.  Des tapes hystériques.  Et lui, ne s’appartenant plus, étranger à lui-même, ignorant qui était cet homme qui parlait à sa place, lui tenait ses poignets et chuchotait.  Ma chérie, ma chérie, tu dis n’importe quoi.  Des mots d’amour – et ses crachats, des promesses – et ses griffures, un triste sourire – et ses insultes, un air résigné – et ses morsures.  Ma chérie, ma chérie – tu sais, je suis peut-être encore plus fou que toi pour supporter tout ça.  Dans ses mains ses poignets ressemblaient à deux petits oiseaux qu’il rêvait d’étouffer.  Elle crachait.  Elle hurlait.  Il s’étonnait d’ailleurs que les voisins ne protestent pas, mais le bruit monte, parait-il.

Notice biographiquechat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments, et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai(Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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