Art fractal et Botticelli… Abécédaire…(6)

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Art fractal — Résultats parfois magnifiques de hasards paramétrés.  Mais l’humain a construit l’ordinateur et l’a programmé.

Et aussi agréables à regarder que puissent être certaines œuvres, ces fruits du hasard organisé ne sauraient donner naissance à une séquence chat qui louche maykan alain gagnon francophoniesignificative d’éléments dont la somme exprimerait davantage que les parties, ni provoquer une réflexion sur le tragique de l’existence, la condition humaine, les soifs inextinguibles de la créature…  Jamais un ordinateur, même programmé par l’humain, ne connaîtra les crises de l’artiste, ni leurs conséquences sur la plastique de son œuvre.  Songeons à Botticelli et à l’effet dévastateur qu’eurent sur son esthétique les prêches de Savonarole.

Jusqu’à nouvel ordre, l’homme est le seul animal à souffrir pour créer du beau et du sens ; à rechercher désespérément un sens face à un monde qui, au premier abord, en semble dépourvu.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieArts plastiques — La réalité fascine par le rapport entre la perception dans l’espace d’un objet et l’impossibilité, pour l’humain, d’en appréhender les multiples dimensions : son temps, les affects qui s’y rattachent, les concepts qu’il convoque, sa symbolique, les souvenirs involontaires qu’il suscite, ses utilités polymorphes…  Un pot de fleurs ou un corps, ou un bout de rue, sont beaucoup plus que l’on ne pourra jamais en écrire ou en peindre.  Leur inintelligibilité demeure fondamentale ; leur étrangeté radicale constitue une des meilleures raisons d’être de l’art.

Pour se défendre devant l’inconnaissable et en arriver à utiliser le monde, la science mesure la trace des phénomènes, accumule les faits, les quantifie, les catégorise, probabilise leurs apparitions.  L’artiste examine les phénomènes avec amour et intuition, les assemble en faisceaux, puis cherche à en tirer des significations, à y lire des sens.  Les deux démarches entraînent des satisfactions partielles et un irrémédiable sentiment d’échec.

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2 Responses to Art fractal et Botticelli… Abécédaire…(6)

  1. L’art fractal
    La théorie des fractales est émise pour la première fois par le mathématicien Benoît Mandelbrot et présentée en 1975 dans son livre fondateur : « Les Objets Fractals ».
    Cette théorie mathématique, qui cherchait à rendre compte des figures et objets complexes, s’est alors étendue à de très nombreuses disciplines dont les arts plastiques.
    Cependant, l’art fractal n’est pas une application des théories de Mandelbrot : il ne consiste pas à produire des images à partir de fonctions mathématiques, converties en fractales.
    A l’image des grands mouvements artistiques comme le Cubisme, l’Abstraction, l’Art Cinétique ou encore l’Art Concret, l’art fractal bouleverse les modes de pensée, les codes visuels, et ouvre un nouveau champ de création.
    L’année 1994 voit la naissance du groupe les “Fractalistes” et la revue Art Press (N°229) publie en 1997 le Manifeste du mouvement avec douze artistes signataires dont Carlos Ginsburg, Jean-Claude Meynard, Miguel Chevalier, Joseph Nechvatal, Pierre Zarcate…

    L’art fractal ou le déchiffrement du monde
    Classiquement on décrypte le monde – on le code – à travers le regard d’Euclide, c’est à dire en utilisant des notions de plan, de droite, de surface, longueur, largeur, hauteur… cette géométrie euclidienne est liée au monde simple de l’époque grecque dans laquelle elle prit naissance 300 ans avant J.C : un monde organisé autour d’une mer unique, la Méditerranée, sur laquelle un homme comme Ulysse pourra naviguer pendant 20 ans sans jamais être repéré…
    Aujourd’hui les seuls paramètres d’Euclide semblent insuffisants pour déchiffrer la complexité du monde : le chaos du monde, son expansion, sa mondialisation, ses systèmes proliférants, ses saturations, ses effets papillon, ses puzzles et recompositions…
    Le monde actuel vit selon d’autres dimensions et d’autres perspectives et les plasticiens fractals, comme les cubistes à leur époque, travaillent à la représentation de cette nouvelle réalité.
    En étudiant leurs œuvres (peintures, sculptures, créations numériques, installations, etc) des constantes apparaissent : des représentations démultipliées du réel infiniment répétées à des échelles différentes sans que jamais aucune figure ne perde son identité, chaque figure étant, à la fois, macro ou micro, un univers en soi et un autre univers : vaste clonage du réel qui équivaut à une représentation de l’infini – l’infini n’étant plus désormais l’effrayant vide pascalien mais la répétition sans limite d’une même figure : réplique continue.
    Dans cette optique, les artistes fractals pensent parfois leurs œuvres comme « non finie » susceptibles d’être retravaillée, reformulée, même hybridée – l’œuvre comme l’émergence éphémère d’une hybridation : un passage.
    Au fond, ce qui relie ces artistes, au-delà de leur profonde modernité, c’est leur appropriation des nouvelles dimensions du monde : un monde qui a perdu son centre, un monde qui se réplique et se recompose et dont l’artiste fractal sait apprivoiser la réinvention.

    (Texte élaboré à partir d’une interview de Jean Claude Meynard dans le film « L’Escalier Fractal » de Gilles Bastianelli)

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  2. Alain Gagnon dit :

    Madame Préault,

    Merci de votre très informatif apport.

    Alain G.

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