Dires et redires, par Alain Gagnon…

Musique, Ricœur et décalogue…

Justes paroles de Paul Ricœur sur la musique.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

On peut les appliquer à la poésie :

« […] la musique nous crée des sentiments qui n’ont pas de nom ; elle étend notre espace émotionnel, elle ouvre en nous une région où vont pouvoir figurer des sentiments absolument inédits.  Lorsque nous écoutons telle musique, nous entrons dans une région de l’âme qui ne peut être explorée autrement […] »

Pour moi, très vrai – surtout à l’audition des Heures persanes de Kœchlin.

*

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Persona, Bergman

Vrai pour les individus comme pour les sociétés.  Nous nous détachons difficilement de l’enfance : l’accession à l’individuation n’est pas le lot de tous.  Nous avons là les bases d’une nouvelle esthétique.  Le jazz – cette musique que j’ai adorée, pourtant – par ses temps forts, itératifs, ne représenterait-il pas une velléité de non-séparation d’avec les rythmes fondamentaux de la matière prégnante, originelle ? La musique ne vaudrait-elle que si elle se libère d’elle-même ? Devienne sa cause et son but ? Projette l’auditeur vers l’avenir ou l’au-delà de ses limitations constitutives ? Telle la musique de Bach et de Mozart (parfois) ; celle de Fauré, de Bartók, de Stockhausen… ? En peinture, à l’encontre d’Aristote, toute mimesis, toute imitation de la nature ou des mythes qui soulignent ses phases, ne constituerait-elle pas une régression ou, au mieux, un piétinement – une complaisance dans la source tiède, indifférenciée et déresponsabilisante des origines ? Ne vaudrait donc que l’abstrait, expressionniste ou conceptuel ?

*

Le décalogue avait raison de prohiber l’idolâtrie.  Pernicieuse, elle nous est si naturelle.  Pas celle que l’on porte aux idoles de pierre, de marbre ou de bois.  Les plus nocives sont ces idoles invisibles, intangibles, conceptuelles qui ont pour nom : esthétique, idéologie, science, musique, peinture, économie, sculpture… Je pourrais facilement (et ai-je souvent succombé !) me laisser aller à l’idolâtrie du style, du formalisme littéraire, ce faux absolu fascinant.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/

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