Chronique de Québec… par Jean-Marc Ouellet

La cache de Bonheur

Je veux être heureux. C’est l’obsession de mon temps. Je n’y échappe pas.

Tu es si près, Bonheur. Et pourtant. Tu es une bête huileuse qu’on attrape, enfin, et qui glisse entre les doigts. Tu es une pleine lune par une nuit chat qui louche maykan alain gagnon francophonied’hiver, brillante, aguichante, perfidement près. Je te veux pour moi, pour les miens. Je tends le bras, je te touche presque. Tu es là, juste au bout de mes doigts, et, inaccessible, tu fuis.

Te souviens-tu, Bonheur, de la Déclaration d’indépendance des États-Unis. C’était le 4 juillet 1776.  « Nous tenons pour évidentes en elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. » Tu vois, Bonheur. Ma quête est légitime. Et il y a plus. Le 24 juin 1793, la Constitution française mentionnait : « Le but de la société est le bonheur commun. » Oui, Bonheur. Le bonheur de tous, pour et par le bonheur de chacun.

Te tapis-tu vraiment dans le modèle ancien, Bonheur ? Trois choix de vie. Une pyramide. En bas, la prospérité – santé, fécondité, richesse, liberté, etc. —. Ensuite, le pouvoir. Celui sur les autres, l’autre sur soi-même. Enfin la contemplation, dans l’exercice de la connaissance et de l’art, vers la sagesse et la sérénité.

Aujourd’hui, même la science s’intéresse à toi, Bonheur.

Te caches-tu dans les gènes ? Tu connais la sérotonine, neurotransmetteur du cerveau. Quand sa concentration s’élève dans mes neurones, la félicité m’envahit. Un gène, le 5-HTT, est lié au transport de cette molécule. Plus il y a de transporteurs, mieux on encaisse les échecs scolaires ou professionnels, les deuils ou les peines d’amour. Le gène a deux formes. Chaque être humain est muni de l’une d’elle. La plus longue génère plus de transporteurs de sérotonine. Tu t’es acoquiné avec elle, Bonheur. Le savais-tu ? Au diable les autres! Et moi, laquelle m’habite ? Je doute encore.

Bonheur, les Anciens et l’étude des gènes ont négligé un élément essentiel. L’altruisme. Oui, Bonheur. L’altruisme. S’oublier. Pour le bonheur des autres, de la société, des générations futures.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSavais-tu, Bonheur, que des études de cohortes nous éclairent sur la manière de te dompter, comme un mode d’emploi pour t’apprivoiser : exercer sa matière grise, ne pas ruminer le passé, éviter les gens qui se complaisent dans l’alcool et les drogues, tisser des liens avec des gens signifiants, ne pas se fier aux attributs à la naissance – classe sociale, intellect, physique, etc. —, ne pas se fier à la facilité de la vie. Tout réside dans les mécanismes de défense, Bonheur : altruisme, humour, canaliser son agressivité dans l’activité physique, anticiper la menace, oublier un problème pour y faire face au moment opportun. Faire l’huître, comme le suggère George E. Vaillant dans son livre Aging well. « Pour réagir à un grain de sable irritant, elle crée une perle ».

Et aimer, et aimer encore.

Tu vois, Bonheur. Tu n’es plus intouchable. Mais je suis réaliste. Alain (Émile-Auguste Chartier) disait : « Le bonheur suppose sans doute toujours quelque inquiétude, quelque passion, une pointe de douleur qui nous éveille à nous-mêmes. »

Bonheur, tu m’appâtes, tu m’allumes. Et tu me demandes « où crois-tu que je me terre, Jean-Marc ? » Alors, aujourd’hui, en cet instant, je te réponds ceci : Toi, Bonheur… tu n’es pas dans ce que je veux, ni dans les biens que je possède. Tu es dans ce que je suis, oui, Bonheur, dans l’être que je suis, et dans l’amour que je donne.

Puis-je t’embrasser maintenant ?

Inspiré de trois articles de la revue Québec-Science, volume 49, numéro 4, de décembre 2010/janvier 2011.

Jean-Marc Ouellet est né le 11 septembre 1959 à Rimouski.  Il a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFleuve, jusqu’à l’âge de 15 ans. Après l’obtention de son diplôme de médecine à l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie à Québec, puis à Montréal. Il a amorcé sa carrière médicale à Saint-Hyacinthe, pour la poursuivre ensuite à Québec jusqu’à ce jour. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les littératures, mais il avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, pour du dépannage, il passe plusieurs semaines en région ; il s’accorde alors un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, sortira bientôt aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Il est maintenant chroniqueur régulier pour le magazine littéraire Le Chat Qui Louche où il avait déjà publié des nouvelles

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