Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

Petit Papa Noël,

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Tu n’es ni petit, ni mon papa, mais visiblement c’est comme cela qu’on t’appelle, dont acte. Petit Papa Noël, d’aucuns racontent que tu ne portes des cadeaux qu’aux enfants sages – bonjour l’ouverture d’esprit. N’étant moi-même qu’une vaste supercherie (mon enfance sage est sûrement un fossile), un peu comme toi, je me permets ces quelques mots.

 Faire croire que tu existes est à la fois facile et déroutant : on te voit partout, sous toutes les formes possibles, on peut même te parler, te toucher, faire des photos avec toi, moyennant finances bien sûr, parce que, oui, arriver à croire, ce n’est pas gratuit. Tu es gros, petit, grand, maigre, avec l’accent du sud ou d’ailleurs, avec le rire facile, tu es protéiforme tout en te cachant sous un uniforme quasi universel et ressembles à un dieu grec avec ta barbe blanche. Au supermarché, dans la rue, à l’école, partout on tombe sur toi, tu es presque aussi inévitable que la mort.

 Le problème, PPN, c’est que tu n’existes pas. Le problème c’est que tous les enfants veulent comme cadeau Le Super Jouet Qui Coûte Un Bras et que, bien sûr, tu n’es pas foutu de l’apporter à tout le monde. Alors, que se passe-t-il le 25 décembre ? Eh bien, les enfants dont les parents ont les moyens se retrouvent avec le Super Jouet Qui Coûte Un Bras… et se disent que le monde est décidément magique ; ceux dont les parents peinent à vivre à partir du 15 du mois se retrouvent avec un Jouet Un Peu Moins Bien Mais Surtout Beaucoup Moins Cher… et se disent que le monde est un peu merdique. Qui a raison, qui a tort ? La vérité est toujours un entre-deux. Disons que le monde est une merde magique ou une magie merdique, quelque chose comme ça. Les adultes le savent. Mais les enfants, cher papa, auraient le droit de voir plus de magie que de merde, et ta non-existence tout en faisant croire que tu existes les en empêche. Alors, finalement, on peut se demander, comme souvent quand on réfléchit un peu : À quoi bon ? Et ta réponse éternelle serait, comme d’habitude : Oh Oh Oh – trop facile.

Alors, Petit Papa Noël, quand tu descendras du ciel, tu ne risques pas d’oublier mon petit soulier car je te l’enverrai en pleine poire.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge chat qui louche maykan alain gagnonDéclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade(roman) aux Éditions Philippe Rey.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :