Chronique de Porto… par Clémence Tombereau…

Fashion Horror- Les pages logophages

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLes pages défilaient sur un podium luisant. L’œil vide, décharnées, absolument sans style, elles tortillaient du cul pour attirer le chaland qui, par conformisme, criait au pur génie.
Les pages se tournaient,s’enchainaient sans passion sur un sujet nombril. Se mettre ainsi en scène, à nu, sur deux cents pages anorexiques! Quel créateur cet auteur! Son absence de style est un style sublime ! Ça parle à tout le monde ! Ces pages vêtues de Je des pieds jusqu’à la tête,Shakespeare peut aller se rhabiller!

Les pages défilaient, maladroites sur leurs phrases vertigineuses et vaines, casse-gueule comme pas permis. Elles tiraient toutes la tronche, c’est ça aussi qui plaît! Pas de rêve, pas d’imagination, tout ça est passé de mode ! De la réalité que diable !
Aucune couleur sur l’étoffe de ces pages. La couleur, c’est vulgaire, voire même un peu sale. Du morne! Du morne! Le chaland veut des pages qui soient pires que lui ! Cokées jusqu’à la moelle, ni moches ni belles, du morne on vous dit !
Les pages continuent leur marche prétentieuse, sur un grésillement qui se veut musical. Quel génie ! Non mais quel génie ! Tout le monde va chat qui louche maykan alain gagnon francophonies’arracher ces pages, qui sont la mode même.

Le défilé s’achève. Les pages tortillent du cul vers leur cher créateur. Dans le fond elles lui en veulent de les avoir créées. Derrière les apparences, elles regrettent leur inquiétante blancheur. Comme un seul homme elles se jettent sur lui, leur maigre cul bien énergique. Elles l’étouffent, le dévorent, lui crachent au visage les insanités dont il les a couvertes. Elles s’engouffrent dans sa gorge pour revenir au magma, aux racines, aux entrailles insanes qui sont leur mère indigne.
Après un affolement légitime et grégaire, le public, l’œil friand de ce final sublime, s’exclame en levant les bras au ciel : Quel génie! Non mais quel génie !

Notice biographique

Clémence Tombereau est née  à Nîmes en 1978. Après des études de lettres classiques, elle a enseigné le français en lycée pendant cinq ans.  Elle vit désormais à Porto au Portugal.  Finaliste du prix Hemingway en 2005, lauréate cette année du concours littéraire organisé par le blogue Vivre à Porto, elle a contribué à la revue littéraire Rougedéclic (numéro2) et elle nourrit régulièrement un blogue que vous auriez intérêt à visiter : le Clémence Dumper :http://clemencedumper.blogspot.com/

Elle fait désormais partie de l’équipe régulière du Chat Qui Louche et nous présente bimensuellement une chronique.

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