Les apophtegmes de Jean-Pierre Vidal…

Apophtegmes

(Jean-Pierre Vidal nous a généreusement permis de publier certains de ses apophtegmes. Ceux-ci éclairent, portent à réflexion, déstabilisent par les défis qu’ils lancent à l’air du temps. Nous lui en sommes reconnaissants.)

 1 Les médias électroniques, radio et télévision, sont tombés dans le piège d’une prétendue quotidienneté,chat qui louche maykan alain gagnon francophonie d’une soi-disant simplicité, d’un ordinaire extasié, en oubliant que le porte-voix, le piédestal, le soulignement qu’ils représentent avant même d’avoir commencé à émettre le moindre message, transforment, comme on le voit sans cesse, tout ce qu’ils profèrent, fût-ce banalité, insignifiance ou niaiserie patente, en monument offert à l’universelle bêtise. Résultat de cette nullité exacerbée ? Nous n’adorons plus que l’ordinaire le plus nu et nous apportons chaque jour avec empressement notre propre pierre au cénotaphe médiologique de notre intelligence collective.

 2 — La seule chose qui sauve les artistes de la vindicte populaire où tout ce qui peut passer pour un peu intellectuel unanimement s’abîme, c’est qu’on donne le même nom à des faiseurs de chansonnettes et à de jeunes blondes en nombril qui seinscopent en gloussant dans des clips aérobies.

 3 — L’an deux mille, on l’a bien vu à ses célébrations et à ce qui les a suivies, était plutôt l’an débile.

 4 Émotion, énergie, simplicité, ces trois maîtres mots de la vulgate médiatique esquissent le portrait d’un équarrisseur guilleret de vérités premières doublé d’un demeuré des profondeurs : le consommateur, con somatique et solennel.

 5 — Avec tous ses ridicules, toutes ses illusions, la période des années soixante avait tout de même fait ressortir, au fond, ce qu’il y avait de meilleur dans l’individu le plus nul, le plus dépourvu. L’époque actuelle fait ressortir le pire, même chez les meilleurs.

 6 Un homme d’affaires qui a des scrupules, c’est une faillite imminente. Ou déjà faite.

 7 — Les critiques contemporains encensent quand c’est vraiment très bon ou, au contraire, outrageusement nul. Dans ce dernier cas, ce n’est pas, comme on pourrait le croire naïvement, qu’ils soient payés pour ça, c’est, plus tristement, qu’ils ont soudain honte de n’être pas comme le bon peuple qui aime généralement, par définition — et presque par vocation — ce qu’il y a de plus grossier. Depuis que le monde est monde. Le public a toujours tort.

 8 — Chacun agit et réagit désormais en fonction de son intérêt bien senti. Mais l’intérêt bien senti pue.

 9 — Celui qui se vante d’avoir fait jouir une femme parce qu’il l’a entendue crier est bien naïf. Ou alors, c’est un sourd qui rêve.

 10 Les temps sont au primitivisme du fric et de l’efficace : « fais ton affaire » devient l’injonction qui s’adresse à toute une vie, dès la maternelle désormais. Et certains joyeux compères ont le culot d’appeler ça la liberté…

 (Apophtegmes tirés de : Apophtegmes et rancœurs,  Éditions du Chat Qui Louche, 2012.)

Notice biographiquechat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaires québécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtc,Ciel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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