Chronique de Porto…

Porto, encore…

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Clémence Tombereau

Nous parlerons de la ville. Nous ne parlerons pas des hommes. Les hommes passent et décorent, de leur main, de leur cœur. Les hommes ne sont pas pierres, et encore moins villes. Ils en sont la raison d’être, cela suffit. Par la suite elle leur échappe, gagne son autonomie sourde, grouille de ses entrailles, découvre sa vie de femme.

Nous parlerons de la ville. Façades qui déchiquètent amoureusement le ciel et le brouillard, qui surgissent comme des monstres aux dents acérées, affamées. Pierres comme du basalte pareilles à des falaises.

Nous parlerons de la ville. C’est elle qui palpite. Tendez votre oreille. Ça sourd, ça bruisse, et même le silence a le droit de cité.

Le fleuve fait naitre la ville, les monuments ourlent sa bouche en une cosmétique déconstruite. Les rives sont investies d’un amour tragiquement platonique; aussi quelques ponts sont venus, ça et là, enjamber le miroir polychrome de l’eau.

Le pont de ferraille, tour Eiffel allongée, étend sa longue jambe grise hérissée de mil croisillons métalliques.

Allons sur l’autre rive. Gaia. Gaia n’est pas Porto mais son meilleur point de vue. La distance transforme les habitats humains en maisons de chat qui louche maykan alain gagnon francophoniepoupées. Façades étriquées, colorées et bancales, aux balcons minuscules qui plient sous leur poids, fragiles suspensions. La vie des poupées est décelable au linge gonflé d’azur qui flotte aux fenêtres, voiles de bateaux qui ne partent jamais. On devine aisément les poupées qui s’agitent, fument une cigarette le soir sur le balcon. Les poupées vont et viennent, vivent et meurent, puis passent le relais à de plus jeunes poupées.

Une silhouette féline parfois s’imprime sur les murs décrépis. Le chat zieute les mouettes qui le narguent bruyamment.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née  à Nîmes en 1978. Après des études de lettres classiques, elle a enseigné le français en lycée pendant cinq ans.  Elle vit désormais à Porto au Portugal.  Finaliste du prix Hemingway en 2005, lauréate cette année du concours littéraire organisé par le blogue Vivre à Porto, elle a contribué à la revue littéraire Rougedéclic (numéro2) et elle nourrit régulièrement un blogue que vous auriez intérêt à visiter : le Clémence Dumper :http://clemencedumper.blogspot.com/

Elle fait désormais partie de l’équipe régulière du Chat Qui Louche et nous présente bimensuellement une chronique.

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